La surveillance et la lutte contre les vecteurs du paludisme en Afrique subsaharienne reposent sur le piégeage des moustiques Anopheles gambiae, l'espèce principalement responsable de la transmission de la maladie, et les pièges fonctionnent au mieux lorsqu'ils sont appâtés avec quelque chose qui imite ce qui attire réellement les moustiques vers les humains pour les piquer : l'odeur corporelle humaine, en particulier l'odeur des pieds humains et les bactéries qui la produisent.

La source évidente de cet appât est l'odeur humaine elle-même — sueur, sous-produits des bactéries cutanées, vêtements portés — mais produire ou standardiser ce signal pour des pièges déployés par milliers dans une vaste région est coûteux et peu pratique ; un appât nécessitant un volontaire humain vivant, ou la réplication synthétique de dizaines de composés odorants spécifiques, ne passe pas à l'échelle dont un véritable programme de lutte antivectorielle ou de surveillance a besoin.

Les entomologistes Bart Knols et Ruurd de Jong, de l'Université agricole de Wageningen, ont testé si le fromage de Limbourg, dont le processus de maturation bactérienne produit de l'acide isovalérique et d'autres composés chimiquement similaires à ceux responsables de l'odeur des pieds humains, pouvait remplacer l'odeur humaine comme attractif pour les moustiques.

Le fromage de Limbourg utilisé comme substitut, dont les bactéries de maturation émettent les mêmes acides gras que les pieds humains, attire Anopheles gambiae aussi bien que la véritable odeur, à un coût bien moindre.

Les moustiques Anopheles gambiae sont attirés par des acides gras spécifiques présents dans l'odeur des pieds humains, et non par les humains en tant que tels.

Les bactéries de maturation du fromage de Limbourg produisent de l'acide isovalérique et des composés similaires, correspondant au déclencheur chimique des moustiques.

Le fromage est produit en masse, se conserve longtemps et est bon marché, ce qui le rend adapté à des milliers de pièges.

La similitude chimique déclenche le même comportement de recherche d'hôte, de sorte que le substitut fonctionne sans volontaires humains.

Lorsqu'un signal nécessaire est coûteux ou périssable, il faut trouver un analogue produit en masse qui partage le déclencheur chimique spécifique.

Cette découverte, publiée dans The Lancet et Parasitology Today en 1996, a valu à Knols et de Jong le prix Ig Nobel de biologie en 2006 et est devenue une référence fondatrice pour les recherches ultérieures sur les pièges à appâts odorants.

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Les sources

  1. Sampling of An.gambiae s.s mosquitoes using Limburger cheese, heat and moisture as baits in a homemade trap BMC Research Notes (PubMed Central) · pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  2. The entomologist who seduced malaria mosquitoes with cheese Improbable Research (Ig Nobel Prize organization) · improbable.com