En 1943, les défenses allemandes de chasse de nuit, bâties autour de la ligne Kammhuber guidée par radar, rendaient les raids de bombardement de la RAF sur l'Allemagne de plus en plus coûteux — aucune manœuvre d'évitement ni aucune refonte des appareils ne changeait le fait qu'un poste radar pouvait détecter et suivre un avion métallique de façon fiable à distance. La chercheuse britannique Joan Curran avait déjà établi, des années plus tôt, que découper des bandes d'aluminium à environ la moitié de la longueur d'onde des radars allemands et les libérer en masse depuis un avion saturerait les écrans radar d'échos réfléchis trompeurs, impossibles à distinguer de vrais bombardiers.

La contre-mesure resta inutilisée pendant des années pour une raison sans rapport avec son efficacité : les dirigeants britanniques savaient que l'Allemagne avait découvert indépendamment le même principe, et l'employer les premiers revenait à remettre à la Luftwaffe un outil qui pourrait tout aussi bien aveugler la propre défense aérienne britannique fondée sur le radar lors d'un raid allemand — une impasse où aucun camp ne voulait être celui qui ouvrirait une porte que nul ne pourrait ensuite refermer.

Saturer le radar de faux échos : les bombardiers larguaient des bandes d'aluminium découpées à la longueur d'onde du radar, créant des échos impossibles à distinguer qui submergeaient le flux réel.

Les bandes d'aluminium découpées à la longueur d'onde du radar réfléchissaient aussi fortement que les bombardiers, créant des faux échos impossibles à distinguer.

En libérer des milliers par minute saturait les écrans de plus de faux échos que d'appareils réels, submergeant les opérateurs.

La vulnérabilité du radar ne tenait pas à sa sensibilité mais à sa capacité de discrimination ; la saturation rendait donc la détection inutile, quelle que fût la technologie.

La tactique fut retenue parce que les deux camps la connaissaient, mais la Grande-Bretagne l'employa la première lorsque le gain offensif l'emporta sur le risque défensif.

Lorsqu'on ne peut pas échapper à un système de détection, il faut le submerger de faux signaux bon marché et plausibles qui détruisent sa capacité de discrimination.

La première nuit du raid, les chasseurs de nuit allemands guidés par radar et la défense antiaérienne tirèrent dans un ciel vide, et les pertes de la RAF tombèrent à environ 12 appareils, contre un bilan habituel plus proche de 50 pour un raid de cette ampleur ; sur l'ensemble de la campagne de Hambourg, la Luftwaffe fut contrainte d'abandonner entièrement son rigide système de la ligne Kammhuber au profit de tactiques de chasse plus souples et moins dépendantes du radar.

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Les sources

  1. 1943 — History of Aviation Timeline Royal Air Force Museum · rafmuseum.org.uk
  2. The History Column: Chaff IEEE Aerospace and Electronic Systems Society · ieee-aess.org
  3. Operation Gomorrah: The 1943 Bombing of Hamburg World History Encyclopedia · worldhistory.org
  4. The Woman Whose Invention Helped Win a War—and Still Baffles Weathermen Smithsonian Magazine · smithsonianmag.com