Après l'effondrement du système financier libanais en 2019, le marché du dollar du pays s'est déplacé vers WhatsApp. Une centaine de groupes consacrés à l'achat et à la vente de dollars américains ont vu le jour, permettant à des changeurs comme Mohamad — un ancien cuisinier devenu cambiste indépendant qui a demandé à ne pas être nommé en entier parce que son activité est techniquement illégale — de consulter le taux en vigueur pendant que des clients ordinaires envoient leurs ordres. Un jour d'avril 2022, un vendeur de Jbeil proposait 1 200 dollars à 26 250 livres pour un dollar ; un acheteur de Bourj Hammoud voulait 1 500 dollars à 26 200.

Les groupes fonctionnent comme un carnet d'ordres en direct : les changeurs gagnent sur les commissions et en arbitrant l'écart heure par heure, livrant les espèces à moto, parfois à domicile pour les clients de confiance. Le taux officiel reste gelé à 1 507,5 livres pour un dollar, inchangé depuis 1997, tandis que le marché parallèle — le marché opérationnel pour presque toutes les transactions — a fait chuter la livre de 95 pour cent depuis 2019. Les banques plafonnent les retraits, les hôpitaux exigent des dollars, et la plateforme Sayrafa de la banque centrale offre encore un autre taux.

La formation des prix est opaque. Mohamad Faour, professeur de finance à l'Université américaine de Beyrouth, estime le chiffre d'affaires du marché noir à seulement quelques millions de dollars par jour — assez pour que quelques centaines de milliers de dollars d'ordres puissent faire bouger le taux — et soupçonne les grandes maisons de change de « tirer les ficelles ». Les changeurs et les maisons de change traditionnelles, d'abord rivaux, exécutent désormais parfois les ordres les uns des autres lorsqu'un côté manque de clients.

Des groupes de discussion comme carnets d'ordres : une centaine de groupes WhatsApp diffusent des taux acheteur et vendeur, et des changeurs à moto apparient et règlent les transactions que les banques ne peuvent pas assurer.

Les banques ont gelé les retraits en dollars, si bien que l'économie avait besoin d'un marché des changes que les banques ne pouvaient plus héberger.

Les groupes WhatsApp ont permis une découverte des prix en temps réel, avec des réseaux de confiance intégrés de clients réguliers.

Les commissions d'arbitrage ont donné aux changeurs indépendants de quoi vivre en fournissant la liquidité que les banques refusaient d'apporter.

Les contrôles antérieurs — blocage des sites de suivi des taux, répressions contre les maisons de change non conformes — ont poussé le commerce vers des opérateurs informels.

Quand l'infrastructure formelle du marché meurt, la relève se construit avec les outils que les gens possèdent déjà — les groupes de discussion sont devenus le moteur d'appariement.

Les autorités ont largement renoncé à policer le marché parallèle et ont autorisé les maisons de change à négocier ouvertement aux taux du marché noir ; la banque centrale a ajouté son propre taux Sayrafa en décembre 2021. Acheteurs, vendeurs et analystes s'attendaient tous à un nouveau krach et à la persistance du marché noir, la confiance dans la livre, les banques et le gouvernement ayant disparu.

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  1. How to shop for U.S. dollars in Lebanon on WhatsApp Rest of World · restofworld.org ·