Les monastères cisterciens d'Angleterre exploitaient les plus grands élevages de moutons du pays — l'abbaye de Fountains à elle seule comptait environ 18 000 moutons, Rievaulx quelque 14 000 — produisant une laine si prisée à travers l'Europe que les marchands flamands et italiens, en particulier florentins et génois, venaient la chercher directement à la source. Mais les revenus d'une abbaye tirés de la laine n'arrivaient qu'une fois par an, à la tonte, tandis que ses dépenses — chantiers de construction, approvisionnement, dettes — n'attendaient pas le calendrier ; un monastère doté d'un troupeau important et précieux avait donc un problème de trésorerie qu'une vente ordinaire ne pouvait résoudre.

Un simple prêt garanti par le crédit général de l'abbaye était une option, mais les marchands de laine étrangers disposaient d'un actif plus spécifique sur lequel prêter : la tonte future de l'abbaye elle-même, qu'ils voulaient de toute façon et pouvaient évaluer avec une confiance raisonnable compte tenu de la taille connue du troupeau. Il fallait un contrat permettant à l'abbaye de monétiser une laine qu'elle n'avait pas encore tondue, et au marchand de verrouiller l'approvisionnement et le prix des années avant d'en avoir besoin.

Vendre à l'avance les tontes de laine futures, des années avant, contre des espèces versées d'avance, transformant le troupeau en garantie et verrouillant l'approvisionnement et le prix pour les marchands.

Les abbayes disposaient de grands troupeaux, si bien que la laine future était prévisible et précieuse.

Les marchands voulaient de la laine de toute façon, ils acceptaient donc des contrats pluriannuels.

Les espèces versées d'avance permettaient aux abbayes de financer leurs dépenses sans attendre la tonte.

La vente à terme verrouillait le prix et l'approvisionnement pour les marchands, réduisant leur risque.

Si vous avez une production future prévisible, vous pouvez la vendre à terme pour lever des capitaux dès maintenant, mais évaluez honnêtement le risque de pénurie.

Le système a financé d'importants chantiers et activités monastiques pendant des décennies, mais il comportait un risque réel qui s'est manifesté de façon brutale vers 1300, lorsque des maladies ovines ont ravagé les troupeaux anglais et fortement réduit les rendements de laine — les abbayes qui avaient déjà dépensé des avances contre des tontes qu'elles ne pouvaient plus produire se sont retrouvées incapables d'honorer leurs contrats, transformant ce qui avait été un outil de financement en dette impayable.

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Les sources

  1. The Wool Trade in Medieval England McMaster University, History of Economic Thought Archive · historyofeconomicthought.mcmaster.ca
  2. History of the Wool Trade Historic UK · historic-uk.com